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Marguerite Yourcenar
Une écriture en mal de mère
Première femme à porter l'habit vert, Marguerite Yourcenar a laissé une œuvre riche et complexe qui a beaucoup inspiré la critique. Un ressort essentiel de son écriture est, cependant, resté dans l'ombre : la mort de la mère, qui décéda quelques jours après son accouchement. Et le grand écrivain n'aura de cesse de batailler avec ce dramatique événement, véritable « scène primitive » de son imaginaire, cœur secret de chacun de ses livres.
S'appuyant sur une double lecture, littéraire et psychanalytique, Carole Allamand se propose d'éclairer les rapports existant entre la poétique de la romancière et la perte irréparable de la mère, de mettre au jour une « écriture en mal de mère ». Une écriture virile qui montre un mépris affiché pour le moi, pour un sujet dont la mise au monde fut aussi une mise à mort, une écriture qui narre la hantise de la féminité et de son sinistre privilège, la maternité.
Au fil des pages de ce brillant essai, on comprend mieux que Marguerite Yourcenar a composé son personnage d'auteur avec autant de soin que chacun de ses livres, et que son style, loin d'être voué au seul perfectionnisme classique, procède d'une perpétuelle lutte contre les forces de la subjectivité. Ainsi se trouve mis à nu le désir obsédant l'écrivain : celui d'être enfin regardée et reconnue par sa mère, Fernande, laquelle « détourna la tête quand on lui présenta l'enfant », puis ferma les yeux pour toujours.
Carole Allamand enseigne la littérature contemporaine à l'Université Rutgers (Etats-Unis).
Prix 21 € - 200 pages - 2004 - ISBN 978-2-911416-97-2
>> Marguerite Yourcenar ou l'Ecriture en mal de mère
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The first woman elected to the Académie française, Marguerite Yourcenar left us books that have greatly inspired literary critique. But one essential dynamic of her writing has, until now, remained in the shadows : just a few days after her birth, Yourcenar's mother died. The great author constantly struggled with this tragic event, an authentic « primitive scene » and the secret that lies at the heart of every one of her books.
Referring to a « dual » reading, literary and psychoanalytical, Carole Allamand has cast light on the relation between the novelist's poetics and the loss of her mother. She reveals an « écriture en mal de mère » — writing that suffers from the mother's absence — and virile prose that shows disdain for the I, for a subject who received life on the occasion of another's losing it — writing that recounts woman's dread and her sinister privilege — maternity.
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